«En se regroupant, on se défend mieux face à la pression foncière»

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Alain Cugnet est agriculteur à Armancourt, dans la vallée de l’Oise, aux portes de Compiègne. Il est co-président de la section défense de l’espace rural avec Hervé Ancelin. Rencontre par une journée de canicule, en fin de moisson.

Alain Cugnet, co-président de la section défense de l'espace rural.

Quel parcours vous a amené à devenir agriculteur à Armancourt?
Ma famille est, depuis plusieurs siècles, une famille d’agriculteurs. Mon père était agriculteur à Blérancourt, dans l’Aisne, mais c’est mon frère qui a repris l’exploitation familiale.
Moi, j’ai suivi des études d’ingénieur généraliste de l’industrie et j’ai commencé par être salarié chez Renault, à Boulogne-Billancourt. Puis j’ai créé une entreprise d’automatisation industrielle à Armancourt, village d’origine de ma belle-famille, dont je me suis séparé il y a seulement 5 ans.
Mes beaux-parents étaient agriculteurs à Armancourt et, à l’occasion d’une promenade à pied suite à un repas dominical, j’ai vu une affiche indiquant une vente aux enchères d’une parcelle de terre de 3 hectares à Armancourt. J’ai pris un avocat, suis allé au tribunal et ai acheté la parcelle.
J’étais le seul intéressé et j’ai juste couvert l’enchère. C’était en 1987. Cette parcelle était occupée par un agriculteur que j’ai alors rencontré et qui m’a proposé de reprendre la totalité de sa ferme, soit 19 ha. Je suis alors devenu agriculteur, tout en continuant mes autres activités. Je m’arrangeais avec mon beau-père pour le travail des terres. J’ai appris ce métier sur le tas et je crois qu’au début, j’ai cultivé trois ans de suite du maïs sur les 19 hectares !
J’ai ensuite repris avec mon épouse la ferme de son père. Aujourd’hui, je suis en société sur 125 ha avec elle et j’ai également créé une autre société avec un autre agriculteur, sans lien de parenté. Mon associé, Sylvain Cardon, est également double-actif puisqu’il est formateur à Airion.
Toutes mes terres sont vouées aux grandes cultures : blé, colza, orge, maïs, betteraves sucrières, pas d’élevage.
Par contre, pour améliorer le parcellaire, je fais beaucoup d’échanges de cultures avec mes voisins. En vallée de l’Oise, le parcellaire est extrêmement morcelé et les fermes étaient traditionnellement de faibles surfaces, 30 hectares. Pour info, j’ai environ 100 propriétaires. Tous ces échanges de culture, parfois en cascade, me permettent d’optimiser le parcellaire.

Comment vous êtes-vous engagé syndicalement?
C’est lorsque j’ai cédé mon entreprise industrielle, il y a 5 ans, que je me suis intéressé au syndicalisme, à tout l’environnement professionnel et institutionnel des agriculteurs. J’avais plus de temps et, quand on est agriculteur dans une zone péri-urbaine à forte pression foncière, on comprend mieux l’intérêt d’être défendu.
Le déclencheur de mon engagement a été une lettre maladroite adressée par l’Arc (Agglomération de la région de Compiègne) à tous les propriétaires du secteur, leur proposant d’acheter leurs terres libres.
Les agriculteurs se sont concertés et c’est à cette occasion que j’ai fait la connaissance d’Hervé Ancellin. Cette lettre n’a pas abouti mais elle a eu le mérite de faire prendre conscience aux agriculteurs de la nécessité de se regrouper face à l’Arc dans l’élaboration du Scot.
Nous avons ainsi créé l’Association nouvelle des propriétaires et exploitants de la région de Compiègne qui se réunit une fois par an pour informer ses membres sur les projets en cours.
En se regroupant, on pèse plus face aux collectivités.
Hervé Ancellin m’a alors proposé de partager la présidence de la section de la défense de l’espace rural avec moi et j’en suis à mon deuxième mandat.

Quelles sont les problématiques de la section défense de l’espace rural?
La section pourrait faire plus qu’elle ne fait car l’Oise est quand même un département à forte pression foncière. Nous intervenons dès lors que nous sommes sollicités par des agriculteurs. Mais pas trop dans l’Ouest de l’Oise. Par exemple, pour le Scot du Beauvaisis, il n’y a pas eu d’intervention agricole et c’est sans doute dommage. Par contre, sur l’élaboration des documents d’urbanisme, cela fonctionne très bien puisque la Chambre d’agriculture donne son avis en sollicitant ses correspondants locaux. Je participe aussi la CDPenaf (Commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers), ce qui me donne une vision plus départementale.
Tout ceci est un travail de l’ombre, en amont de l’élaboration des documents d’urbanisme, qui permet d’établir un dialogue avec les élus des collectivités.
On peut dire que c’est efficace car, depuis quelques années, on a l’impression que ces derniers font attention à ne pas trop consommer d’espaces agricoles, il semble qu’il y ait eu une prise de conscience sur les effets négatifs d’une trop forte urbanisation.
Localement, nous sommes même allés jusqu’à contester au tribunal le Scot de l’Arc. Nous avons perdu mais cet épisode a eu pour vertu d’instaurer un dialogue avec l’Arc. Nous avons ainsi obtenu la remise en culture d’une parcelle de 15 ha qui était en friche industrielle.
Nous avons aussi dans l’Oise de grands ouvrages, notamment le canal Seine-Nord Europe et, dans une moindre mesure, Mageo (mise au gabarit de l’Oise). Pour Mageo, 60 hectares sont impactés et il y aura un aménagement foncier avec inclusion d’emprise, ce qui pourra avoir un intérêt en termes de restructuration parcellaire. Voies navigables de France et l’Arc ont acquis des surfaces pour compensation foncière. Mageo et le canal sont liés et, Hervé Ancelin et moi échangeons régulièrement sur ces sujets. Il suit plus particulièrement le dossier du canal et moi Mageo.

Comment voyez-vous le contexte agricole du moment?
Il y a eu récemment une réunion sur l’étude agricole liée à l’élaboration du PLUi de Compiègne. Je me suis rendu compte de l’extrême morosité des agriculteurs en réunion. La betterave qui ne va pas bien, les rendements en blé qui stagnent…
En groupe, le moral n’y est pas. Par contre, individuellement, cela va mieux si l’on considère les prix de reprise que certains sont prêts à mettre. C’est qu’ils croient encore à l’agriculture !
Dans le secteur, les agriculteurs savent se mobiliser sur des sujets concrets comme les aménagements routiers que font les municipalités, sans tenir compte des contraintes des agriculteurs.
Je m’en suis fait une spécialité, à condition de prendre le dossier très en amont, de rencontrer le maire et de faire participer tous les agriculteurs qui traversent les centres bourgs et peuvent être impacté si les aménagements de circulation ne les prennent pas en compte.
La plaquette éditée en ce sens par la Chambre d’agriculture il y a quelques années est un bon préambule, mais ne dispense pas d’une négociation avec la municipalité ! Mais on arrive à obtenir des avancées et même à améliorer la circulation des engins agricoles !

Propos recueillis par Dominique Lapeyre-Cavé

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