«Cotiser ne suffit pas: il faut aussi être actif»

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Jean Lefèvre, agriculteur à Ognes et co-président de la section communication, affirme que la communication n'est pas si simple, mais elle est l'une des solutions primordiales pour changer l'image de l'agriculture

Jean Lefèvre, président de SEA du Pays du Valois et co-président de la section environnement.

Pouvez-vous vous présenter?
Je suis exploitant agricole depuis 2014, date à laquelle j'ai repris la ferme de mon père. J'ai étudié à Angers et obtenu un BTS Acse. J'ai poursuivi dans une école supérieure de gestion. Je suis parti à l'étranger, en Inde, en Australie, en Angleterre, et dans d'autres pays durant plus d’un an. Dès que je suis revenu, j'ai travaillé chez un cousin agriculteur. Ensuite, j’ai fait de l'intérim à Paris, mais ça ne me plaisait pas du tout (rire). J'ai également travaillé chez Lidl sur un poste que l'on a créé pour moi, «redressement de magasin». Je suis ensuite reparti à l'étranger, en Nouvelle Zélande avant de revenir sur l'exploitation familiale.

À l'époque, nous cultivions 370 ha sur 2 sites, dont une partie à façon. Il y avait en moyenne 80 ha de betteraves vendues à Tereos, 50 ha de colza, 170 ha de blé, 20 ha de maïs et le reste était en féveroles. Quand j'ai repris la ferme, j'ai passé 60 ha de l'exploitation en bio et une partie de la ferme est en semis direct. L’exploitation fait désormais 350 ha.
J'ai créé avec 2 voisins une filière luzerne. Je cultive également depuis 10 ans du quinoa que je vends en direct. Ce choix a été fait pour retrouver un contact humain et créer véritablement un lien social avec le client. En même temps, avec un groupe d'agriculteurs, nous avons créé un groupe appelé Is'Eau. L'idée est d'essayer de baisser le taux de nitrates dans l'eau de captage. Depuis 4 ans, nous travaillons à élaborer des programmes adéquats en gestion de l’apport d’azote en étudiant notamment les cultures intermédiaires (Cipan).

Depuis 2014, les résultats économiques de ma ferme sont plus que décevants... Du coup, ma stratégie personnelle est de me diversifier et d’innover : par exemple, je fais des mélanges d'espèces comme de l'avoine avec du lupin, de la cameline et de la lentille et, en dessous, j'ai semé en même temps de la luzerne. Le but est de faire le plus de chiffre d'affaires en limitant le risque par hectare et par espèce, donc en semant et en récoltant plusieurs espèces en même temps. Surtout, je n’utilise aucun insecticide sur mes parcelles (sauf cas de force majeure qui n’est pas arrivé depuis plusieurs années).

Pourquoi êtes-vous impliqué autant au syndicat?
Je me suis impliqué à la FDSEA60 car on y traite des sujets sur lesquels on développe des argumentaires et des solutions. Il y a des échanges très constructifs ! Ce qui me plaisait aussi, c'est que le syndicat a un rôle très important, quoiqu’on en dise, aux yeux de tous. Ce que je veux dire par là, c'est que, dès qu'il y a un problème, on se tourne toujours vers la fédé et, dès que rien ne va, c'est encore la faute de la fédé ! C’est parfois drôle d’entendre cela car ce sont souvent les personnes qui ne font rien qui râlent le plus!

Ce n'est pas parce que l'on cotise que l'on fait quelque chose. Lorsque l'on cotise, on aide le syndicat à défendre les adhérents en maintenant la structure économique en vie, mais pas plus... En face de nous, on a des associations environnementales qui ont des budgets colossaux. Cela leur permet de mettre leurs idées sur le devant de la scène. Elles passent dans les médias, même s’il n'y a rien de fondé scientifiquement. La fédé, elle, n’a pas ces moyens financiers pour lutter. Il faut donc constamment trouver des parades plus économiques pour se faire entendre et être compris. Nous avons 2 avantages majeurs : nous sommes nombreux (comparés à eux) et répartis sur l’ensemble du territoire. Nous avons 2 inconvénients majeurs : notre budget est très faible et… il n’y a pas d’agriculteur là où se trouve la majorité des citoyens, en ville!

Je pense alors qu'il faut cotiser, mais aussi de donner de son temps pour faire avancer les choses. Par exemple, si on arrive devant le ministre de l'Agriculture, qu'on lui dit «non au glyphosate» et que l'on n'a aucun argument, ça ne sert à rien. Il faut faire connaître l’état des recherches actuelles et toujours proposer des ouvertures donc des solutions alternatives. Et tout ceci coûte très cher, c’est beaucoup plus coûteux et chronophage que de mettre des 4 par 3 dans le métro (panneaux publicitaires).
Je suis rentré à la FDSEA 60 car j’aime aussi débattre, confronter mes idées avec celles des autres, je n'ai pas la langue dans ma poche. Je suis ainsi co-président de la section communication avec Luc Smessaert. C'est un rôle que j'apprécie, mais c'est une mission compliquée à mener car il y a, encore une fois, peu de moyens humains et financiers. Le rôle de la section est de communiquer sur notre métier, sur notre avenir auprès des jeunes, des adolescents et des personnes âgées de tous horizons.

Mais la stratégie de communication est compliquée à mettre en place chez les plus jeunes écoliers car il faut aller voir l'administration et qu'elle soit d'accord avec nous avant de caler un calendrier. Par exemple, pour aller dans les écoles, il faut s'y prendre 6 mois à l'avance. C’est tout aussi compliqué car les moyens de communication sont très variés, que ce soit jeux, papier, web, réseaux sociaux ou tout simplement courrier. Du coup, pour un même message, il faut démultiplier le nombre de supports pour essayer de toucher un maximum de gens, chronophage et coûteux. De plus, le message doit être très clair et ciblé. On ne va pas parler de glyphosate à des enfants car ils ne vont rien comprendre (rire). On va leur expliquer l'univers des animaux de la ferme. Par exemple, la FDSEA60 a défini une stratégie, c'est d'aller dans les écoles, une heure ou deux, avec un support réalisé par Passion Céréales, afin d’expliquer le métier d’agriculteur.

Quelles sont les difficultés que vous voyez et les objectifs que vous voulez atteindre?
La première difficulté, pour nous agriculteurs, est la législation qui change tout le temps. Elle est rigide et, par exemple, ne prend pas en compte la météo alors que nous travaillons avec cette dernière. Les règles et les décrets sont parfois en concurrence ou ne sont pas cohérents du tout entre eux. Dès lors, il est extrêmement difficile pour un agriculteur de gérer ses interventions d’un point de vue administratif, et doit toujours se positionner de façon pragmatique «en bon père de famille».

L'exemple du moment : on devait semer nos SIE le 6 août (me semble-t-il) alors que les outils ne rentrent pas dans le sol trop sec. On ne peut donc pas semer. La réglementation n’en tient pas du tout compte. De même, je me souviens d’une remarque de l’administration suite à l’une de mes questions concernant les épandages sur sol gelé : comment démontrez-vous qu’un sol est gelé ? Réponse (sans doute humoristique) : «Un sol est défini comme étant gelé lorsqu’un talon de femme ne laisse pas d’empreinte sur celui ci». J’ai souri, oui, mais beaucoup moins quand la définition a figuré dans le rapport de la réunion !

De même, on le répète à chaque fois, en céréales, on subit des normes exubérantes par rapport aux pays voisins, qui nous pénalisent en termes de concurrence. En élevage aussi, mais là, je ne m'avance pas trop car ce n'est pas mon domaine, où il me semble que les puces vont être obligatoires.
Autre problématique que je retiens, les conflits de voisinage. Par exemple, dans notre secteur, nous avons été touchés par d’importantes coulées de boue. Ce sont les villages qui ont été particulièrement touchés et inondés. Les habitants se sont plaints des agriculteurs, nous rendant responsables de ces intempéries. Nous, agriculteurs, avons passé 15 jours à expliquer que nous ne sommes pas responsables, tout en continuant par endroit à aider les services de l’état à nettoyer…


Ensuite, il y a la recherche des cotisations qui n'est pas simple car, en période de vaches maigres, certains agriculteurs y voient une forme d’économie...
Enfin, je m’interroge beaucoup sur la gestion de la société anonyme Tereos Internacional (cotée au Brésil à la bourse de Sao Polo) qui collecte nos betteraves et sous le feu des projecteurs en ce moment.

Avez-vous un message particulier à faire passer?
Je suis rugbyman dans l’âme et dans ce sport, on ne marque pas un essai tout seul. C'est un travail d'équipe. Il faut donc rester soudés. Si nous, élus, on demande quelque chose à l'adhérent, il faut le faire. Par exemple, manifester, c’est une vraie démarche collective qui prend son sens dans l’union. En face de nous, on a des gens avec beaucoup d'argent et organisés qui nous écrasent avec leur rouleau compresseur médiatique. L'État cherche aussi à diviser afin de réduire la puissance de chaque organisme professionnel... En restant soudés, en un seul groupe, nous pourront parler d’une seule voix et être plus écoutés et entendus et ainsi conserver un rôle de contre-pouvoir constructif.  


L'autre message que je veux transmettre, c'est l'entraide. Ça ne coûte rien d'écouter et d’être attentionné à l’égard de son voisin quand les moments sont durs, ça lui remettra peut-être un peu de baume au cœur. Un coup de main de quelques heures peut aussi parfois aider à relever la tête…

Propos recueillis par Dorian Alinaghi

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