«En bio, on a des marges de progression importantes»

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François Mellon, agriculteur à La Neuville-Garnier, est président de la section agriculture biologique et membre du bureau de la FDSEA. Regard sur un parcours original.

François Meloon, président de la section agriculture biologique.

Quel parcours vous a amené à être agriculteur à La Neuville-Garnier?
J’ai suivi un parcours classique jusqu’au baccalauréat puis, une fois celui-ci en poche, je suis parti en BTS agricole à Angers car le département du Maine-et-Loire me paraissait être plus diversifié que notre région. On y produit en effet des grandes cultures, de la vigne, du maraîchage, de l’horticulture, des plantes médicinales et on y pratique largement l’élevage.
Je me suis installé en 1986 sur l’exploitation de mes parents dont j’ai repris des parts de l’EARL. A l’époque, il y avait des grandes cultures, pas de betteraves sucrières et quelques vaches charolaises. Sans doute pour m’affranchir des relations familiales, j’ai voulu donner une orientation différente à l’exploitation et j’ai commencé par planter 5 ha de pommiers à cidre. J’en ai 12 aujourd’hui. Puis, en 1992, j’ai rejoint le réseau des 15 fermes, sur lesquelles, grâce à des financements régionaux, on pratiquait des baisses d’intrants, en engrais et phytosanitaires. L’expérience a duré 6 ans et, malgré les baisses de rendement, j’ai été convaincu par ce système économe.
Du coup, de pas beaucoup d’intrants à plus du tout, il n’y avait qu’un pas à faire, que j’ai franchi en 2000 en me convertissant au bio. J’ai alors introduit de nouvelles cultures sur ma ferme : triticale, épeautre, luzerne, maïs… en menant parallèlement une partie en bio et une en conventionnel, ce qui était alors plus facile que maintenant. Il faut au moins que les productions des deux parties ne puissent pas être confondues.
Aujourd’hui, je suis totalement en bio, sauf pour les vergers car il est impossible de trouver des contrats de pommes à cidre en bio. J’ai aussi introduit d’autres cultures sur la ferme : les lentilles, la cameline, la rhubarbe… et je cultive beaucoup de mélanges, de plantes associées : pois et orge d’hiver par exemple.
Je vends ma rhubarbe bio à un acheteur qui veut de la rhubarbe française pour les yaourts bio « Les deux vaches ».

Comment vous êtes-vous engagé professionnellement?
J’ai commencé à adhérer au CDJA dès que je me suis installé car je n’étais pas trop introduit dans le milieu agricole de l’Oise et j’ai pensé que c’était un bon moyen. Ensuite, j’ai adhéré à la FDSEA et je suis devenu élu Chambre d’agriculture et notamment responsable du comité de développement. J’ai intégré le bureau de la FDSEA en tant que président de la section bio qui n’existe que depuis peu. Je participe également à la section bio au niveau national, à la FNSEA.

Justement, quel regard portez-vous sur le développement de l’agriculture biologique dans la région?
Au départ, mes voisins me surnommaient Bioman et la bio était très peu répandue dans notre région. C’est dans le Nord et dans l’Oise qu’on trouvait le plus de producteurs bio. Mais grâce à l’appui de Gilles Salitot, conseiller à la Chambre, le bio s’est développé, souvent en faisant tâche d’huile car quand on est en bio, cela intrique des voisins qui s’y intéressent et parfois se lancent. Il y a toujours un effet de contagion.
Aujourd’hui, pas mal de nouveaux producteurs arrivent et on sent que la pression sociétale actuelle n’y est pas étrangère. Et puis les aides à la conversion sont une incitation forte mais le budget va-t-il suffire ? La demande augmente, que ce soient les particuliers, les cantines scolaires, les industriels qui veulent du produit en France. Quand on est producteur bio, on est sollicité par les industriels, comme je l’ai été pour ma rhubarbe. Du coup, on fixe ses prix de vente et on peut mieux s’en sortir. Je pense que je gagne autant avec un hectare de rhubarbe, pourtant forte consommatrice en main-d’œuvre, qu’avec 30 ha de blé ! J’ai ainsi découvert un nouveau monde professionnel avec des intervenants, des acheteurs, différents, qui m’ont ouvert des perspectives. En bio, on reçoit des sollicitations pour de nouvelles productions et c’est formidable car extrêmement motivant.
Et puis, techniquement, c’est un véritable challenge. En conventionnel, on a l’impression de n’avoir que peu de marges de manoeuvre alors qu’en bio, il y a une évolution technique permanente, des marges de progression importantes, des défis à relever. On se nourrit aussi de l’expérience des autres, il y a beaucoup d’échanges entre producteurs, c’est enrichissant. Par exemple, pour la rhubarbe, je me suis associé avec un jeune agriculteur, Guillaume Lechevallier, par ailleurs producteur en conventionnel. Il a découvert un autre monde.


Plus largement, comment voyez-vous le contexte agricole du moment, notamment pour l’agriculture biologique?
Mardi de la semaine dernière, j’étais en réunion nationale bio à Paris, à la FNSEA. Il y a eu des modifications du règlement européen. Le problème est qu’on importe des produits bios qui n’ont pas le même cahier des charges et surtout qui sont moins drastiques que les nôtres. En gros, on importe des produits qu’on ne pourrait pas produire en France. Or, il est primordial que les consommateurs aient confiance dans le logo AB et dans toute la filière. C’est pour cela que nous réclamons et avons obtenu le maintien du contrôle annuel pour les producteurs bio. Nous devons mettre en avant le bio français par rapport aux importations.

Propos recueillis par Dominique Lapeyre-Cavé

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