«Il faut défendre notre filière viande ovine»

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Willy Balderacchi, alias Grincheux ou Gueulard, président de la section ovine et président du SEA de Noyon, souhaite que la filière viande reprenne du galon.

Willy Balderacchi, président de la section ovine et du SEA de Noyon.

Vous êtes président de la section ovine, vous êtes président cantonal ; pouvez-vous expliquer en quoi cela consiste?
Avant toute chose, je suis éleveur et producteur d’une petite surface de céréales. Si je ne l’étais pas, je n’aurais jamais pu être un représentant dans une section agricole. Et à mes côtés, pour me soutenir, j’ai ma famille et mes 450 brebis qui m’accompagnent dans cette aventure. Installé depuis 2006, j’ai monté progressivement mon cheptel et construit moi-même les bâtiments. Issu d’une famille de passionnés depuis plusieurs générations et très interessé par la génétique, j’ai pu rapidement devenir sélectionneur en race Île-de-France en 2011. Je suis investi dans la filière car parallèlement, je suis également pointeur à la sortie de station, avec quatre autres éleveurs de la région.
Par la suite, grâce à la FDSEA 60, syndicaliste dans l’âme, j’ai accepté de prendre la responsabilité de la section ovine départementale. Nous avons la chance d’avoir un bon conseiller ovin à la Chambre d’agriculture qui nous accompagne et nous apporte les informations techniques, mais il faut derrière un prix rémunérateur et le syndicalisme a toute sa place, il faut trouver une bonne articulation entre les deux. L’un des souvenirs que j’ai de cette première prise de responsabilité est la rencontre avec d’autres agriculteurs comme Luc Roland et Régis Desrumeaux, issus de filières différentes, riche en en échanges, lors d’un un stage de trois jours pour les nouveaux élus.
Ça permet aussi d’intégrer l’équipe de la FDSEA60, de voir que nous ne sommes pas seuls. Depuis, je suis président de section pour mon deuxième mandat et nouvellement président du SEA (Syndicat d’exploitants agricoles) de Noyon.

Quelles sont les problématiques que vous avez soulevées ?
Le souci, c’est qu’il n’y en a pas qu’une seule... En tant que responsable de la section ovine, la première problématique, c’est le renouvellement dans la filière ovine. Ce n’est pas toujours évidemment, surtout en temps de crise agricole, de motiver les jeunes à s’installer. Les bergers vieillissent et il n’y a pas de jeunes derrière. Historiquement, les Hauts-de-France ont toujours été une région de production de viande ovine. Avant, nous avions 26.000 brebis dans le département ; maintenant, on en compte 15.000. Pour éviter que la filière ne s’affaiblisse, la profession a demandé à la Région de promouvoir le métier d’éleveur de moutons en mettant notamment en place une aide financière pour les jeunes installés.
L’autre problématique, c’est le prix. Il faut savoir qu’en France, on produit 30 % de la viande ovine consommée et 70 % viennent de l’étranger. Mais pour augmenter la production, il faut que financièrement, on s’y retrouve. Le mouton est un animal délicat, qui stresse facilement au moindre changement, et on ne plaisante pas avec l’alimentation car la sanction est immédiate ! Nous moderniser ou avoir des salariés pour nous épauler, notamment dans la surveillance des animaux, aujourd’hui, ce n’est pas possible sans un prix plus élevé. On ne peut pas employer car on est pas assez rémunéré.
En reprenant la casquette de président du SEA de Noyon, une problématique qui touche les agriculteurs du secteur est l’emprise des terres agricoles. Nous avons plusieurs infrastructures ou projets concentrés sur le secteur : le canal Seine Nord Europe, la déviation de Noyon et la RN 1032.
D’ailleurs, nous avons fait le choix, en accord avec les adhérents lors de la dernière assemblée, de travailler à 3 sur le Pays du Noyonnais : deux présidents de SEA pour Guiscard et Noyon, et un président de l’union du Pays du Noyonnais qui était l’ancien président du canton de Noyon, Eric Labarre. Ça lui permet de suivre davantage les dossiers foncier et notamment le canal.
On doit être vigilant sur ces dossiers car cela a un impact inévitable sur nos exploitations. Heureusement que la profession suit ces dossiers. C’est inacceptable de voir des terres agricoles disparaître. C’est pour cela qu’on est aussi là pour défendre notre outil de travail, le maintenir au mieux. Et profiter de restructurer les fermes avec l’aménagement foncier en cours pour améliorer les structures parcellaires du secteur.

Quels sont les axes que vous voulez mener à bien ?
Pour la section ovine, il y a quelque chose qui me tient vraiment à cœur, c’est de rétablir des abattoirs. Il n’y a plus qu’un à Formerie, à l’Ouest du département. Je suis à Caisnes, au-dessus de Noyon, vous imaginez donc le trajet avec les moutons qui stressent, nous avons alors des pertes de poids, accompagnées d’une dégradation de la qualité de la viande entre l’arrivée à l’abattoir et la sortie de ferme. Alors que dans nos élevages, nous mettons tout en œuvre pour que les conditions d’élevage des animaux et la qualité de viande soient les meilleures possible ! Alors, quand je vois monter les bêtes confinées dans un camion de plusieurs étages, qu’elles parcourent 150 kilomètres, la qualité, c’est clair, elle n’y sera pas. Et l’éloignement des abattoirs rend la vente directe bien évidemment compliquée.
Et là encore, c’est éleveur qui va en faire les frais. Qualité moindre, revenu moindre... Puis le consommateur va le subir dans son assiette aussi.

Quels sont vos projets futurs ?
Je m’engage à hauteur de 2020 à essayer de résoudre au maximum les problèmes exposés. Les gens ne se rendent pas compte que nous producteurs, nous adorons nos bêtes, nous les traitons bien et avec respect. Nous voulons miser absolument sur la communication via des portes ouvertes de plus en plus fréquentes. De faire mieux connaître notre métier, d’augmenter la production d’agneaux de 10 % sur la région Hauts-de-France.
La section ovine travaille également à ce que les éleveurs du département puissent obtenir l’écopaturage dans l’Oise. On nous demande de nous diversifier alors pourquoi pas l’écopâturage. C’est une relation gagnant-gagnant. Par rapport à des tontes et fauches mécanisées, les moutons font un meilleur travail que les machines et ça, c’est écologique. Et nous éleveurs, cela nous fait du pâturage en plus pour nos animaux. C’est indirectement aussi une façon de communiquer auprès du grand public. Il faut surtout remettre au goût du jour le métier d’éleveur pour attirer plus de jeunes et avoir une relève, aider des jeunes à s’installer. Et j’en vois certains qui ont du potentiel. On doit faire en sorte de faire bouger les lignes afin que l’agriculture redevienne agréable et que plus de personnes adhèrent et respectent notre métier. On ne m’appelle pas Gueulard pour rien, je ne lâche rien et je dis clairement ce que je pense. (Rire)
Propos recueillis
par Dorian Alinaghi

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