Olivier Delignières : «Ensemble, nous pouvons donner une lueur d’espoir à l’agriculture»

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Olivier Delignières, président du SEA du Pays des Sources, souhaite une plus forte mobilisation des agriculteurs afin que la situation bouge et que l’avenir de l’agriculture soit plus radieux.

Olvier Delignières, président du SEA du Pays des Sources

Pouvez-vous présenter votre parcours?
J’ai fait un BTS ACSE (analyse et conduite des systèmes d’exploitation). J’ai poursuivi par une licence de gestion des entreprises agricoles et agroalimentaires. À la suite de cela, je n’ai pas continué les études car mon père, à l’âge de 63 ans, a voulu prendre sa retraite.
J’ai donc réalisé un stage d’installation durant six mois aux États-Unis, dans l’État du Montana. Cette expérience a été très riche en rencontres et m’a permis de découvrir un pays totalement différent en matière d’agriculture et surtout un pays qui est l’acteur majeur dans la géopolitique mondiale.
En 2014, j’ai repris l’exploitation de polyculture, située à Canny-sur-Matz, avec le soutien de mes quatre sœurs et de mon frère. Canny-sur-Matz est sur le territoire du Noyonnais, les terres sont argileuses et hétérogènes, ce qui empêche l’intensification de l’exploitation par des cultures légumières. Dès que j’ai repris l’exploitation, avant toute chose, mon objectif était d’acquérir de l’expérience. J’ai beaucoup appris de mon père en retraite, toujours très disponible pour moi, ainsi que du Ceta de l’Adane auquel j’adhère et qui m’apporte du conseil technique.
Pour un agriculteur, chaque année est une remise en question, il faut être à l’écoute de son sol qui est un outil de travail vivant, il faut sentir, appréhender l’environnement de l’exploitation au sens large. La magie de ce métier réside en la remise en question perpétuelle ; rien n’est jamais acquis !
Ma première responsabilité est mon entrée au conseil municipal de Canny-sur-Matz en 2006. Par la suite, je suis devenu administrateur au sein du conseil d’administration de mon Ceta. Cela m’a beaucoup apporté. En 2010, je me suis présenté à la présidence du syndicat cantonal. Et je suis maintenant également premier adjoint de la commune de Canny-sur-Matz. Je prends conscience de l’importance d’avoir des élus agriculteurs dans les institutions afin de veiller, dans la gestion du territoire au quotidien, à ce que l’on n’entrave pas l’exercice du métier d’agriculteur.
On a fait le choix, sur le Pays des Sources, d’avoir un syndicat rationnel par rapport à l’institution local (la communauté de commune). Ce qui me tient à cœur, c’est de montrer la diversité du territoire sur le nouveau SEA du Pays des Sources. En effet, on est un territoire orienté vers l’élevage sur Lassigny et plus orienté vers la polyculture sur Ressons.
Il faut travailler sur plusieurs échelons, local et du départemental. Pour le premier échelon, c’est de faire le relais terrain des problématiques locales et de les remonter au conseil d’administration à Beauvais pour que les sujets soient traités, des réponses données, une solution y soit apportée, soit par les collaborateurs de la FDSEA , soit par les élus de la FDSEA.
À l’échelon départemental, il s’agit de faire part de mon point de vue, de mon ressenti de la situation agricole dans mon canton, que ce soit d’ordre économique, environnemental, réglementaire ou politique.
 
Quelles sont les points positifs et négatifs sur votre canton?
Les points forts sont les actions syndicales. Par exemple, il y avait la problématique de l’entretien des fossés et des cours. Le Pays des Sources est marqué par de nombreux ruisseaux qui traversent le territoire, donc un nombre important de fossés. De plus, on est dans un secteur où les parcelles sont drainées.
Bernadette Brehon et Éric Labarre, élus de la FDSEA, ont piloté l’écriture d’une charte d’entretien des cours d’eau et des fossés, qui est cosignée par l’administration et la profession. Les agriculteurs du département ont aujourd’hui des solutions pour entretenir les cours d’eau et les fossés.
La pérennité des drainages est maintenant assurée en restant conforme à la législation. Ludivine Traën, collaboratrice de la FDSEA 60, juriste spécialisée en droit de l’environnement, peut accompagner les agriculteurs. Aujourd’hui, toutes les productions sont en crise et ne permettent plus de rémunérer correctement les agriculteurs. Tous les systèmes de production doivent être défendu de la même manière et avec la même force. Je veille à ce que toutes les productions soient représentées, à ce que tous les adhérents soient défendus.
 
Quels sont vos projets durant votre mandat?
Toutes nos productions, toutes les exploitations, quelle que soit leur taille, sont en crise, voire en danger dû à des décisions politiques qui n’ont aucun sens  et affaiblissent notre revenu. Aujourd’hui, je considère que les agriculteurs sont des personnes formées, d’un grand professionnalisme, dont le niveau de compétence est élevé. Je sens, localement, une grande perplexité des agriculteurs devant une situation difficile pour à la fois exercer et vivre de son métier.
Je suis agriculteur avant tout, je connais très bien cette situation, au quotidien.
Je ne suis pas déconnecté de la réalité, nous devons pouvoir faire vivre notre famille avec une exploitation lucrative. Parallèlement, j’ai réalisé une enquête auprès des agriculteurs adhérents FDSEA de mon secteur, sur leurs attentes vis-à-vis de la FDSEA. Seulement quatre adhérents m’ont répondu…
Le syndicat est compétent, il est là pour fédérer les agriculteurs, pour faire bloc et défendre le métier. La FNSEA est organisée sur un système pyramidal, c’est du terrain que sortent les sujets à traiter, ils sont ensuite portés au niveau départemental puis national.
La façon de traiter le sujet est calibré si je puis dire : lorsque l’on peut y apporter une réponse localement, il reste en local, lorsqu’il nécessite une intervention, au niveau national, le département le porte à la FNSEA. Les adhésions permettent essentiellement de payer les collaborateurs des services de l’adhérent et les collaborateurs de la FNSEA qui travaillent au quotidien pour faire valoir les intérêts des adhérents auprès des ministères et de l’Europe.
Mais parfois, pour être défendus, les élus de la FDSEA et de la FNSEA n’étant pas magiciens, ils ont besoin physiquement des adhérents pour installer un rapport de force face aux politiques.
Je sens que ce côté fédérateur s’affaiblit, les agriculteurs ne veulent peut-être plus s’investir personnellement afin de défendre leur propre cause. Probablement parce que le syndicat n’a pas abouti à des résultats satisfaisant, notamment avec les distorsions de concurrence dans notre pays (Ceta, Mercosur…) qui ne sont pas acceptables.
Cela a donc conduit à un recul des agriculteurs. Les consommateurs veulent une alimentation plus saine, plus sécurisée et respectueuse de l’environnement. Seulement, derrière, il doit y avoir une rémunération. Alors, mon objectif est de montrer aux agriculteurs qu’ensemble, tout est possible, que l’implication de chacun est d’autant plus importante et nécessaire que le nombre d’agriculteurs baisse.
C’est dans les difficultés que nous devons être soudés.


Propos recueillis par Dorian Alinaghi

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