«Seul, on va plus vite; à plusieurs, on a va plus loin!»

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Hervé Ancellin, agriculteur à Bienville, est président du SEA (Syndicat d’exploitants agricoles) de Compiègne et de la section défense de l’espace rural. Rencontre.

Hervé Ancellin, agriculteur à Bienville.

Quel parcours vous a amené à devenir agriculteur à Bienville?
Je suis fils d’agriculteurs, d’une famille où l’on cultive la terre depuis plusieurs générations. J’ai toujours su que je voulais faire ce métier et j’ai suivi des études en conséquences : BTA puis BTS Tage (technique agricole et gestion des exploitations) à Genech. J’ai fait mon service militaire puis j’ai prolongé ma formation par un certificat de spécialisation à Tecomah (technico-commercial en agro-alimentaire) avec la CCI de Paris.

Mon idée était de travailler 4 ou 5 ans en entreprise avant de revenir sur la ferme, mais je n’en ai pas eu le temps car des ennuis de santé de mon père m’ont rappelé sur l’exploitation familiale. Je me suis donc installé en 1992 en société avec mon père sur une exploitation de grandes cultures. Malgré les emprises liées à la pression foncière autour de Compiègne, j’ai pu maintenir la surface de la ferme par des reprises.

Il y a 15 ans maintenant, je me suis lancé dans une toute autre activité : la location de matériels de loisirs auprès de collectivités. Il s’agissait de structures gonflables destinées aux enfants. D’autres se sont lancés et j’ai créé un réseau national entre professionnels, regroupés sous une charte de qualité. J’ai finalement revendu cette activité pour me recentrer sur l’exploitation car je sentais que nous arrivions dans une période de changement pour l’agriculture. J’ai alors investi dans l’irrigation en diversifiant mes productions : production de légumes et de pommes de terre … Je voulais que l’entreprise soit plus efficace économiquement et pérenne au cas où l’un de mes enfants déciderait de s’installer. Mais ils feront comme ils voudront, je pense qu’il est même souhaitable qu’ils s’ouvrent à d’autres milieux professionnels, qu’ils développent leur curiosité.

Comment vous êtes-vous engagé syndicalement?
L’année de mon installation, 1992, a été une année très syndicale et il m’a paru évident, dès le départ, de m’impliquer car la FDSEA traite tous les aspects du métier : économie, social, environnement... Nous avons tous besoin d’informations, d’analyses, d’échanges et de porter des revendications pour trouver des solutions collectives.

Je suis ainsi devenu président du SEA et également de la section défense de l’espace rural. Celle-ci s’appelait avant section des expropriés mais je trouvais que ce nom était réducteur : le foncier, ce n’est pas qu’une affaire de prix. Par ailleurs, j’ai été à l’origine de la création du Ceta de l’Aronde car il n’y en avait pas sur le secteur et j’avais d’abord adhéré à celui d’Attichy. Lors de la création de ma société de location, je me suis retiré pour m’investir dans ce nouveau projet.

Quelles problématiques se font plus sentir sur le SEA de Compiègne?
Ici, les sujets les plus importants sont le foncier et l’eau. Nous sommes sur le Bac (bassin d’alimentation de captage) de Baugy-L’Hospice et je représente les agriculteurs dans les discussions avec les autres usagers de l’eau. Je participe avec une casquette FDSEA et une casquette Chambre d’agriculture. Les réunions sont très intéressantes car elles permettent de comprendre les attentes des autres composantes de la société civile, d’avoir une ouverture sur les autres.

Et en tant que président de la section défense de l’espace rural?
Pour moi, l’indemnisation ne doit intervenir qu’en dernier lieu. Toutes les autres possibilités doivent avoir été étudiées avant  : réserves foncières constituées en amont des grands ouvrages linéaires ou des projets des collectivités. Il faut maintenir un maximum d’agriculteurs sur nos territoires donc éviter les emprises foncières. C’est le nombre qui fait la force, pas les hectares. Plus nous serons nombreux et mieux nous pourrons nous défendre car nous aurons alors un poids humain et social. Il n’y a rien de plus triste que de constater que dans certains villages, il n’y a plus d’agriculteurs.

Comment voyez-vous le contexte agricole actuel?
On sent que nous sommes dans une période de transition. Il y a de fortes inquiétudes qui s’expriment. Des agriculteurs sont en difficulté, l’Europe se désengage un peu plus chaque jour, l’économie est libéralisée, il n’y a aucun contrôle des prix et les aléas climatiques se multiplient: coulées de boue, inondations, sécheresse…

Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas attendre grand-chose de l’Etat. Nous allons devoir nous adapter aux changements climatiques, aux demandes sociétales vers moins de phytos, plus de local et de biodiversité. Pour ce faire, nous devons être à l’écoute des demandes car de nombreuses opportunités vont voir le jour, qu’il va falloir saisir. Il y a des marchés à prendre et j’espère que ce sont des agriculteurs qui les saisiront : circuits courts, diversification… Sinon, ce seront d’autres qui le feront comme ces start-up qui cultivent des champignons dans des parkings, des légumes sur les toits…

Tout est en train de changer, les cycles s’accélèrent et de belles entreprises peuvent se créer rapidement. Travaillons ensemble car ces projets seront sans doute collectifs. Dans l’Oise, nous avons la chance d’avoir des groupes de développement depuis de nombreuses années et ils peuvent être les moteurs de ce changement. De même, le travail de l’association Symbiose sur la rémunération du service environnemental par les agriculteurs (par la mise en place d’actions) est très pertinent.

Il n’y a jamais autant d’opportunités à saisir et cela concerne l’alimentation, la production d’énergie ou la préservation de l’environnement. L’agriculture est multifacettes et tout est à construire. Je suis persuadé que c’est collectivement que les solutions vont apparaître. Par exemple, sur l’agglomération de Compiègne, 70.000 consommateurs ont un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne et je pense que les producteurs fermiers ont une carte à jouer. Comme la moitié du territoire est engagé dans les mesures agri environnementales, il y sans doute du potentiel en agriculture biologique à condition que cela soit rentable pour les exploitants.

Le mot de la fin?
Je suis confiant car les agriculteurs ont toujours su relever les défis qui s’offraient à eux. Ils sont observateurs, curieux et savent s’adapter. De plus, nous avons la chance d’être entourés d’organisations professionnelles agricoles compétentes : FDSEA, Chambre d’agriculture, assurance, banque, centre de gestion, coopératives… Tout cela, plus le niveau de formation des agriculteurs qui augmente, donne de sérieux atouts aux jeunes ayant le projet de s’installer ! Et puis ils peuvent s’appuyer sur la force du collectif. Seul, on va plus vite; à plusieurs, on va plus loin.

Propos recueillis par Dominique Lapeyre-Cavé

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