«Rester ouvert aux autres et jouer collectif, une façon d’être agriculteur»

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Interview de Laurent Deletoille, co-président du SEA de Crèvecoeur-le-Grand.

Laurent Deletoille garde le sourire.

Quel parcours vous a amené à être agriculteur à Domeliers?
Un parcours assez classique puisque j’ai repris l’exploitation familiale après un BTS Acse (Analyse et conduite des systèmes d’exploitation) au lycée agricole de Chambray, près d’Evreux, plutôt qu’à Arras, comme tout le monde à cette époque.
J’ai effectué mon stage 6 mois chez Cap Seine et, surtout, j’ai beaucoup accompagné mon père aux réunions syndicales FDSEA et dans les manifestations. J’ai effectué ensuite mon service militaire à Rennes car il était encore obligatoire, dont je garde un excellent souvenir, plutôt pour l’ambiance que pour les activités proposées !
Puis je me suis installé en 1997 sur 140 ha, en Gaec avec mon père. Il y avait alors un atelier laitier sur la ferme. J’ai en même temps assuré un emploi de releveur de compteurs chez Schlumberger, pour 3 ou 4 mois par an, ce qui me permettait de rencontrer des personnes d’autres horizons, de travailler en équipe et d’assurer un revenu complémentaire.

Puis, au départ de mes parents, j’ai arrêté la production laitière car je ne me voyais pas leur demander de continuer à traire et, de plus, les installations étaient vétustes et il aurait fallu réaliser la mise aux normes. Comme, parallèlement, j’ai pu m’agrandir, cela a conforté ma décision d’arrêt.
Aujourd’hui, il me reste un atelier de 50 taurillons Blonds d’Aquitaine par an. Les 260 ha sont consacrés essentiellement au blé, betteraves sucrières, colza, pois, escourgeon.
Je travaille aussi en échange paille-fumier avec les écuries Lambert, à qui je loue des prairies et pour qui je réalise de l’enrubannage d’herbe et, cette année pour la première fois, une production d’avoine.

J’échange aussi de la paille contre du fumier avec des éleveurs bovins car je reste persuadé que les amendements organiques remplacent les fumures de fond minérales. J’ai aussi une entreprise de travaux agricoles, uniquement pour du battage de céréales.

Comment vous êtes-vous engagé professionnellement?
Comme je le disais précédemment, c’est avec mon père que j’ai fait mes premiers pas. Je ne suis pas passé par la case Jeune Agriculteur (pas très dynamique à cette période-là) et j’ai vite été sollicité pour prendre des responsabilités.
Sylvie Douchet, notre animatrice fédé sur le secteur, y est pour beaucoup. J’ai même été président d’arrondissement pendant quelques temps, mais j’ai moins aimé le travail au niveau départemental.

Du coup, je me cantonne à mon secteur et je trouve que cela fonctionne pas mal car il y a un bon groupe d’adhérents. Les exploitations sont assez homogènes et cela donne une bonne cohésion à l’ensemble.

Quelles sont les problématiques de Crèvecœur-le-Grand?
Celle du monde agricole en général sans problématique particulière, si ce n’est l’abandon de l’élevage laitier et viande dans certaines exploitations.
J’essaie de prendre du recul par rapport aux idées défendues par la FNSEA mais je comprends la difficulté de parler au niveau national. J’essaie, avec mon co-président et Sylvie Douchet, d’animer le SEA et je déplore parfois le manque d’engagement des agriculteurs qui ne participent pas toujours. Dans ce cas, je trouve délicat de venir ensuite se plaindre (mais que fait la Fédé ?) alors qu’on ne s’engage pas personnellement.

Plus largement, comment voyez-vous le contexte agricole du moment?
Je pense que l’agriculture connaît  un réel tournant. On le dit depuis des années, mais je pense que là, on y est ! Le problème, c’est qu’on ne sent pas, au niveau politique, une réelle ambition pour l’agriculture.
Pourtant, la pression sociétale est là et, si on veut vivre de notre métier, il faut que l’on soit dans le bon tempo.
Personnellement, je suis prêt à changer beaucoup de choses si on me trace une ligne directrice claire qui me permette de vivre tout en assurant une production en adéquation avec la demande. Mais c’est frustrant car aucun message clair ne vient des politiques.
Je pense que les nouvelles technologies joueront un rôle prépondérant dans cette mutation que l’on pressent.
Je me suis d’ailleurs engagé avec Cap Seine dans la démarche Be Api. Il y a un intérêt économique à moduler les doses d’intrants et surtout, cela génère aussi une bonne image auprès du public.
Une autre piste consiste à travailler à plusieurs. Je possède du matériel en commun avec des voisins : déchaumeurs, semoir monograine, moissonneuse-batteuse… Cela permet de réduire les charges et d’organiser des chantiers en commun, ce qui sécurise le travail. Et puis, humainement, c’est beaucoup plus intéressant de travailler à plusieurs, il y a une bonne ambiance.
C’est important de ne pas rester seul et de toujours se remettre en question. Je participe à quelques  formations ou des voyages, notamment avec le Cernodo. Il faut rester curieux, ouvert aux autres techniques, la jouer collectif et aller voir ailleurs ce qui se fait pour s’améliorer.
Dans la même veine, s’impliquer au niveau de sa commune me semble important.
En effet, nos villages sont souvent devenus des villages dortoirs et, pour lutter contre les clichés à l’encontre de l’agriculture, rien de mieux que de siéger au conseil municipal et de communiquer. Cela peut éviter des problèmes de voisinage ou des décisions ennuyeuses pour l’activité agricole.

Propos recueillis par Dominique Lapeyre-Cavé

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