«Qu’on nous dise dans quelle direction aller !»

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Thierry Fraiture est exploitant agricole à Saint-Léger-en-Bray. Connu pour son énergie, notamment en manifestation, il décrypte pour nous les raisons de son engagement et la passion pour son métier.

Thierry Fraiture, président du SEA d'Auneuil-Beauvais

Vous êtes président du SEA (Syndicat d’exploitants agricoles) d’Auneuil-Beauvais et membre du bureau de la FDSEA 60. Quand et comment ont démarré vos responsabilités syndicales à la FDSEA?
J’ai commencé chez les Jeunes Agriculteurs. À l’époque, je faisais mon service militaire à Creil, mes parents étaient exploitants agricoles à Saint-Germer-de-Fly. Un soir de permission, comme j’avais reçu une lettre d’invitation, j’ai assisté à une réunion JA à Auneuil. Je me souviens, le combat de l’époque était de garder 5.000 agriculteurs dans l’Oise ! J’ai parlé de l’élevage et j’ai bien vu que cela ne concernait pas trop les autres participants. Du coup, je me suis dit qu’il fallait que je m’implique si je voulais que la cause des éleveurs soit défendue.
Je suis ensuite devenu président des JA du canton d’Auneuil et Charles Froment était notre mentor, on le consultait beaucoup.

Quand ce dernier a arrêté la présidence FDSEA d’Auneuil, je n’ai pas voulu prendre sa suite dans un premier temps. Puis, quelques mandats plus tard, j’ai fini par dire oui et cela doit faire maintenant 18 ou 20 ans que je suis président. J’ai fait 3 ans avec Jean-Luc Poulain, 6 ans avec Martine Aelvoet, 6 ans avec Luc Smessaert et à chaque fois, nous avons surmonté les crises. Mais là, depuis 4 ans, avec Guillaume Chartier, toutes les productions sont touchées et on n’en voit pas le bout. Nous avons en charge des dossiers très difficiles, comme l’environnement, le retournement des pâtures etc. Toute l’équipe est derrière Guillaume et fait de son mieux. Je suis également membre du bureau de la FDSEA depuis les dernières élections. Le découpage qui a eu lieu a modifié le canton d’Auneuil, devenu le SEA Auneuil-Beauvais. J’ai perdu des communes et j’en ai récupéré d’autres sur les cantons de Beauvais-Nivillers, en tout 44 communes.

Quel est votre parcours personnel?
Je me suis marié en 1981 et je me suis installé sur la ferme que mes beaux-parents exploitaient à Saint-Léger-en-Bray et Auneuil. Il y avait 80 ha, 8 vaches allaitantes pleines, 10 taurillons, aucun stock d’engrais, ni de produits phytosanitaires, peu de matériel, pas un clou, pas un marteau et de vieux  bâtiments. Le Crédit agricole était réticent à mon installation et c’est grâce à François Coevoet, alors technicien au CDR Bray (Comité pour le développement rural du Pays de Bray), que j’ai pu devenir exploitant.


Je me suis agrandi au fur et à mesure et mon épouse a repris la ferme de mes parents en 1997. Nous avons rapatrié la production laitière à Saint-Léger-en-Bray et, pour cela, il a fallu construire des bâtiments, créer une salle de traite, des silos, une fosse, faire la mise aux normes.
Je me suis aussi impliqué dans les groupes de développement à la Chambre d’agriculture car j’ai été président du CDR Bray. J’ai même aidé à lancer le premier groupe féminin sur le Pays de Bray, ce qui n’a d’ailleurs pas été sans mal !
Maintenant, l’exploitation compte 200 ha, dont 95 ha de pâtures éloignées et dispersées. Seuls 6 ha jouxtent le corps de ferme. La production laitière est de 500.000 l de lait et l’atelier viande est de 35 vaches allaitantes Charolaises avec des taurillons charolais et des veaux mâles Holstein pour produire des bœufs pour occuper les prairies.

Quelles sont les problématiques du SEA d’Auneuil-Beauvais?
Avant le redécoupage, le canton d’Auneuil travaillait beaucoup avec celui du Coudray-Saint-Germer, d’autant plus facilement que j’en suis originaire et que je connais bien les exploitants.
Les problèmes d’Auneuil sont ceux de l’Oise, puisqu’il y a des grandes cultures et de l’élevage. Par contre, nous avons eu à gérer la déviation de la RN31. Avec Hans Dekkers, agriculteur à Auneuil, nous avons essayé de travailler à un consensus qui satisfasse la majorité des exploitants et je pense que nous avons réussi. Car au départ, les agriculteurs étaient un peu «oubliés» dans le remembrement. Finalement, il ne reste que des travaux connexes à réaliser et c’est une réussite collective.
Par contre, je sens une certaine démobilisation de la part des agriculteurs. La crise du lait, de la viande, la mauvaise récolte 2016 et les prix bas en 2017 ont sans doute eu raison de leur moral. Avant, quand une production ne donnait pas satisfaction une année, il y en avait une autre qui compensait. Maintenant, on ne sait pas trop sur quoi compter.
On est dans le flou absolu. Aura-t-on un jour une vue à long terme, minimum 5 ans ?

Dans quelles directions voulez-vous travailler au sein de votre SEA?
Déjà, il faut renouer le lien avec les agriculteurs du canton en faisant du porte-à-porte. C’est ce que j’ai commencé à faire dans les nouvelles communes du SEA que je ne connaissais pas. Je pense que les exploitants y ont été sensibles. Nous devons réinvestir le terrain. Il faut absolument un délégué par commune pour faire le lien entre les agriculteurs et la FDSEA. Chaque arrondissement a son animateur qui prend en compte les remarques des exploitants. On peut compter sur eux, ils prennent leur travail à cœur.
Et puis, nous devons mieux travailler avec les autres organisations agricoles, c’est primordial pour une bonne efficacité. Je pense ainsi à la Chambre d’agriculture avec laquelle il y a sans doute des synergies à trouver pour aider les exploitants.
Enfin, ce qu’il faudrait, c’est que nos gouvernants nous disent dans quelle direction ils veulent nous voir travailler ; nous, on veut bien s’adapter. Pour caricaturer, on veut bien garder des pâtures mais, pour les entretenir correctement, il faut pouvoir mettre des animaux dedans, faire de la fauche, entretenir les haies, mais pour ça, il faut aussi une rentabilité.
Peut-être avons-nous encore un grand travail à faire auprès de nos politiques : il faut tout simplement leur expliquer qu’un agriculteur est un chef d’entreprise, qui veut développer son exploitztion et pouvoir vivre pour nourrir sa famille et non se faire entretenir par son épouse qui travaille à l’extérieur. On nous demande de passer au bio ; oui, d’accord, mais n’oublions pas que toutes les exploitations ne s’y prêtent pas, à cause des terrains trop humides et morcelés.
Je profite de la parole qui m’est donnée pour adresser mes meilleurs vœux aux agriculteurs de l’Oise.

Propos recueillis par Dominique Lapeyre-Cavé

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