«Producteurs et consommateurs peuvent trouver un consensus sur l’environnement»

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Éric Vandromme est agriculteur à Bury, dans le canton de Mouy. Il est co-président de la section environnement avec Hubert Fréville et Thierry Bourbier.
Il nous révèle son parcours professionnel et son engagement syndical.

Eric Vandromme, co-président de la section environnement.

Quel est votre parcours professionnel?
D’abord, je ne suis pas originaire de l’Oise mais de la région Centre. Mes parents, en cours de carrière, ont dû rechercher une exploitation pour se ré-installer et ils ont pris la suite d’Hector Dubois, ferme d’Arcy à Bury. Je suis arrivé dans l’Oise en 1986 et me suis installé en 1991 en grandes cultures. En 2001, j’ai développé une diversification, une pépinière de peupliers.
La ferme n’est qu’à quelques dizaines de mètres du Thérain et les parcelles sont relativement humides.

J’ai découvert que, par le passé, des plants de peupliers avaient été cultivés sur place. Je me suis alors lancé en me documentant. J’ai visité des centres de recherche partout en Europe, ce qui me permet aujourd’hui d’avoir des licences commerciales sur du matériel génétique de premier choix. Le peuplier est la troisième espèce végétale dont la recherche a totalement décodé l’ADN, c’est devenu une essence modèle pour la recherche. Je vends donc des plants de peupliers sur tout le 1/3 Nord de la France et également des boutures à d’autres pépiniéristes. C’est un travail passionnant. Il y a quelques années, j’ai également planté des pommiers sur 2 ha 30, des variétés de couteau que je vends localement, notamment au travers d’un petit magasin sur place. Cela me permet d’être en prise directe avec le consommateur.

Et, le syndicalisme? comment a commencé votre engagement?
Dès le départ, j’ai adhéré à ce qui s’appelait alors le Centre départemental des jeunes agriculteurs et j’ai eu la chance de suivre leur parcours de formation, JER pour «jeune et responsable». C’était une véritable école pour de futurs responsables professionnels et j’en garde un excellent souvenir. C’était une expérience très enrichissante et j’ai gardé de nombreux liens avec les autres jeunes qui suivaient ce cursus. Je me suis énormément impliqué au CDJA jusqu’en 1998, avec Christophe Beeuswaert notamment. Puis j’ai participé à la section environnement de la FDSEA jusqu’aux années 2000.


J’ai ensuite pris des engagements dans le syndicalisme de filières, au Syndicat des pépiniéristes forestiers, du fait de ma nouvelle activité sur la ferme. Par la suite, je suis devenu président de l’interprofession du peuplier qui regroupe les propriétaires, les pépiniéristes, les industriels qui déroulent le bois et la recherche française. J’en suis toujours le vice-président.

Pourquoi vous investir dans l’environnement? quelle vision en avez-vous?
Tout simplement, en tant que pépiniériste, je constate le poids des contraintes environnementales et surtout l’incohérence des réglementations contradictoires. Un exemple : quand un propriétaire de peupleraie fait couper ses arbres, il déforeste et la loi lui fait obligation de replanter. Pourtant, dans certains secteurs à intérêt patrimonial comme la vallée de la Loire, au nom de la protection des châteaux et sites remarquables, l’architecte des bâtiments de France interdit la plantation de peupliers en vallée. Dans d’autres communes, ce sont les PLU qui s’opposent à la plantation de peupliers. Comment faire alors quand un propriétaire vient de faire une coupe ? Il est écartelé entre des réglementations contradictoires. Voilà le type de situation ubuesque qui me motive à m’engager.


Autre exemple : lorsque l’on décide de réintroduire des espèces protégées, sans se soucier de savoir si elles vont créer des déséquilibres dans l’écosystème. C’est le cas des castors dans certaines régions, qui ravagent les productions forestières alentour. Et ne parlons pas du loup qui étend son aire géographique. Il faudra qu’il y ait des attaques sur l’homme pour que l’on réagisse enfin !


Autre exemple de gestion calamiteuse : le sujet glyphosate. Nicolas Hulot a traité ce dossier comme un symbole de l’agriculture productiviste, alors que l’unanimité ne se fait pas autour de la dangerosité de cette molécule. Également pour satisfaire une opinion publique pas forcément bien informée.
On a là sacrifié l’intérêt des agriculteurs, sans se soucier des répercussions de cette décision sur leurs exploitations. Je trouve cela plutôt inquiétant, cela prouve tous les excès dont sont capables nos politiques. Alors que la prise en compte de l’environnement doit se faire sans excès et résulter d’un équilibre durable entre les facteurs de production et les nécessités de protection des ressources.


Quels seront les axes de travail de la section environnement?
D’abord, nous sommes trois co-présidents et je trouve que c’est une très bonne organisation. En effet, le dossier environnement est devenu épais et recouvre de nombreux domaines qui le rendent impossible à suivre par une seule personne. Être à trois permet plus facilement de partager notre temps entre nos exploitations et nos responsabilités professionnelles, ce qui nous assure de garder les pieds sur terre et de ne pas devenir des élus professionnels. Nous pourrons ainsi avoir des messages concrets, qui parlent aux adhérents.


Pour l’instant, nous sommes en rodage tous les trois et les dossiers démarrent. Mais l’envie de travailler ensemble au service des adhérents est là et nous avons la chance d’être accompagnés à la FDSEA par des personnes de qualité dont les compétences nous sont utiles. Les dossiers sont bien suivis, préparés, argumentés et nous avons deux projets qui nous tiennent à cœur. Le premier est de créer une association de protection de l’environnement. Nous devons nous approprier le sujet et ne plus laisser les autres occuper cet espace.
Le second est d’entrer dans le programme Agri api qui créée des liens entre agriculteurs et apiculteurs professionnels, les premiers mettant par exemple des parcelles mellifères à disposition des ruches des seconds, pour une meilleure pollinisation des cultures, dans une démarche gagnant-gagnant.

Quelle est l’évolution des questions environnementales sur le quotidien des agriculteurs?
Il est certain que nos pratiques vont devoir encore évoluer, mais je redoute les transitions brutales. En effet, le dossier glyphosate nous prouve que les décisions peuvent être parfois rapides. Or, il faut un temps d’adaptation que les politiques, parfois pressés par l’opinion publique, ne nous laissent pas. Du coup, ces décisions sont en décalage complet avec la réalité et basées sur des peurs, souvent imaginaires, mais toujours mauvaises conseillères.
Je reste néanmoins un incorrigible optimiste et je pense que c’est ensemble que producteurs et consommateurs doivent trouver un consensus sur les modes de production et la qualité des produits. C’est par exemple ce qui se passe dans la démarche «C’est qui le patron ?» co-construite entre producteurs et consommateurs, avec un cahier des charges et un prix garantis.
Je le vois bien quand je fais une journée portes ouvertes dans le verger. Au départ, les consommateurs veulent savoir si je fais du bio ou pas, et ils ont en tête les vergers intensifs mis en avant dans certains reportages télé. Quand je leur explique mes pratiques raisonnées, la surveillance de tous les jours, les mesures que je prends pour effectuer les traitements au plus juste, ils sont rassurés et la confiance est gagnée. Il faut montrer ce que l’on fait et le prouver, cela suffit à convaincre. Je mange les pommes que je vends, c’est un bon argument auprès des consommateurs.
Faire de la vente directe permet ce contact et prouve que c’est en nous expliquant sur nos pratiques que nous saurons conjuguer agriculture, consommation et environnement.


Propos recueillis par Dominique Lapeyre-Cavé

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