«Pour défendre notre retraite, il faut défendre notre agriculture»

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Didier Cornet est co-président de la section des anciens exploitants dans le secteur de Beauvais Nord.

Didier Cornet, à la retraite depuis un an.

Pouvez-vous vous présenter?
Cela fait un an que je suis en retraite. J’avais une ferme polyculture-élevage, en lait principalement et un peu de viande également, à Fontaine-Bonneleau. Je travaillais avec trois associés et un salarié. J’ai repris la ferme familiale en 1980 lorsque mes parents ont pris leur retraite.
Quand je me suis installé, je n’avais aucune formation agricole. J’ai un cursus d’électricien. Mes parents souhaitaient partir en retraite et mon frère ne souhaitait pas reprendre seul l’exploitation, je me suis donc lancé dans l’aventure.
Dès lors, je me suis rapproché de la Chambre d’agriculture pour acquérir des connaissances via des formations, notamment par le parcours du Cernodo. De plus, j’étais séduit par la FDSEA 60 et à la fois pas toujours d’accord avec les idées, mais je préfère construire avec les autres que démolir les idées sans me mouiller. Tout seul, cela ne mène à rien. Le syndicat est là comme porte-parole. Je suis donc rentré à la FDSEA60 en tant que délégué communal ; par la suite, je suis devenu président cantonal, mais aussi membre du bureau au département. Parallèlement, j’étais adjoint, puis maire de ma commune. J’ai donc abandonné un peu mes responsabilités au niveau du syndicat pour m’occuper de mon village en tant que maire car c’était très prenant. Cependant, depuis que je suis en retraite, je me suis réinvesti en tant que co-président de la section des anciens exploitants. C’est mon premier mandat.

Quels sont vos objectifs?
Que ce soit sur tous mes mandats, le but est de rendre service aux gens. J’ai des convictions et j’aime les partager. J’essaye de m’impliquer au maximum. Le point sensible de la section des anciens exploitants est bien évidemment la retraite.
Pour défendre la retraite, il faut défendre les actifs. Le problème que l’on vit maintenant, c’est notamment au niveau du gouvernement qui veut uniformiser les retraites. C’est une bonne chose, mais chaque profession a sa spécifié. Par exemple, le patrimoine des retraités agricoles est de plus en plus taxé alors que c’est une partie des retraites. Une fois arrivé à la retraite, quand on cède à un tiers ou à un enfant, ce capital permet de mieux vivre. Nous ne mettions pas d’argent de côté tous les ans, le peu que nous avions, c’était pour améliorer nos exploitations.
Pour nous, il est important de ne pas se baser sur la valeur patrimoniale d’une exploitation, mais sur sa valeur économique. Nous nous battons pour que ce qu’elle peut dégager en termes de revenus soit sa valeur d’achat, pour favoriser l’installation de jeunes agriculteurs et vivre convenablement à la retraite.
On ne peut pas transmettre dans de bonnes conditions si les cédants n’ont pas une pension décente. Autre exemple, si on est propriétaire et bailleur, il faut que les fermiers puissent payer les fermages et donc cotiser pour leurs retraites. Si on défend l’agriculture d’aujourd’hui, on défend la retraite de demain.
Ce qu’il faut savoir, c’est que je ne résume pas la section des anciens aux voyages ! Il y a une part de convivialité et solidarité car déjà l’agriculteur est éloigné de tout, c’est une profession indépendante. On est isolé dans notre coin, il faut donc trouver une solution pour éviter cet isolement. Mon autre objectif est assez original, c’est le changement du nom de la section des anciens, car c’est un peu pesant de dire que l’on est des anciens, il faut avoir un nom qui soit aussi énergique que les Jeunes Agriculteurs comme les Jeunes Anciens (rire).


Comment percevez-vous l’agriculture aujourd’hui?
L’agriculture est une partie de la société, inscrite dans l’économie mondiale. On ne doit pas la réduire à une image ou à une carte postale. Par exemple, au Salon de l’agriculture ou dans les fermes pédagogiques où on caresse les animaux, la part de l’homme prédateur disparaît, on tend vers le véganisme. Nous vivons en décalage. Les demandes sociétales poussent elles aussi à des changements pour satisfaire les consommateurs.
Mieux loger les animaux, employer moins de produits phytosanitaires, etc. Même s’ils produisent déjà de la haute qualité, les exploitants sont prêts à faire encore évoluer les choses. Beaucoup le veulent profondément. Mais tout cela a un coût. Qui va le payer ? Les marges sont déjà bien trop faibles. Quand elles existent ! D’ailleurs, ce ne sont pas les gains économiques qui incitent à faire ce métier.
La passion est certainement la principale motivation. La crise, longue et profonde, est depuis trop longtemps source de drames financiers et surtout humains. La solution passe sans doute par un effort commun, filières et distribution en tête.
Et l’État a son rôle à jouer pour donner une direction, surtout si les différents acteurs n’y arrivent pas eux-mêmes.

Propos recueillis par Dorian Alinaghi

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