«Les agriculteurs doivent rester maîtres sur leurs exploitations»

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Guillaume Durant, agriculteur à Lafraye, est président du Syndicat des exploitants agricoles (SEA) de Nivillers. Il a aussi été président de la section viande bovine car il possède un atelier d’engraissement sur son exploitation. Rencontre avec un convaincu.

Guillaume Durant, président du SEA de Nivillers.

Quel est votre parcours agricole?
Mes parents étaient déjà sur cette même exploitation, la plus petite du secteur à l’époque, 56 ha en 1986. Sur cette ferme, ils ont fait toutes les productions, ou presque : volailles, porcs, agneaux… puis ils ont créé un atelier d’engraissement de taurillons. J’étais le dernier de la famille, mais j’ai toujours su qu’agriculteur serait mon métier. À défaut, j’aurais pu être dessinateur industriel.
Après la troisième, j’ai fait un Bepa, suffisant à l’époque pour s’installer. Mais j’ai finalement passé un bac agricole à Airion pour l’ouverture d’esprit, que j’ai complété par une formation en mécanique agricole de 3 mois à Nanteuil-le-Haudouin. A posteriori, je me dis que la meilleure et la plus complète des formations aurait consisté à passer 6 mois chez un comptable, 6 mois chez un vétérinaire, 6 autres chez un concessionnaire et six mois chez un notaire !
Je me suis installé avec mes parents en 1992, non sans difficulté car il s’agissait de la première année d’application de la Pac. J’ai pu conforter mon installation grâce à la Safer à laquelle j’ai acheté 15 ha d’herbages à Villembray. Puis nous avons repris des terres à Pierrefitte-en-Beauvaisis, d’autres à Haudivillers. Ce qui fait qu’aujourd’hui, mes 130 ha de terres et 35 ha de pâtures sont éclatés à 10 km au sud de Beauvais, 25 km à l’ouest, 12 km au nord de Breteuil et à 6 km de Saint-Just-en-Chaussée. Ma ferme est un composite de petites exploitations éclatées !
Je suis éleveur dans l’âme et j’engraisse 250 taurillons par an. Pour cela, j’ai dû investir dans des bâtiments que je ne pourrais plus construire aujourd’hui à cause des distances. Mais j’ai sauvé mon élevage.  À part les herbages, toutes mes surfaces sont des cultures de vente. Par contre, je nourris mon troupeau grâce à la pulpe de betteraves que je vais chercher à Chevrières.
La fermeture de la sucrerie de Bresles a d’ailleurs été pour moi un coup dur car j’ai alors été rattaché à l’usine de Roye. Grâce au syndicat betteravier, des conditions tout à fait acceptables ont été négociées pour le transport des pulpes, mais cela n’a duré que 18 ans. J’ai dû quitter Saint Louis Sucre pour aller à Tereos dont l’usine est beaucoup plus proche.
Finalement, je peux dire que mon élevage est hors sol car peu nourri avec les cultures de l’exploitation directement : pas de maïs, seuls la pulpe de betterave et la paille sont utilisées.

Comment vous êtes-vous impliqué à la FDSEA?
Je peux dire que je suis tombé dedans petit. Mes parents étaient syndiqués mais pas impliqués. A 22 ans, j’ai participé à des réunions du CDJA mais, comme les responsables étaient plus âgés, je n’ai pas réussi à m’intégrer. Je suis alors rentré au bureau cantonal FDSEA de Nivillers dont Michel Leeman était le président. Je lui ai succédé et je suis ainsi président depuis trois mandats.
J’ai aussi fait un mandat en tant que président de la section viande bovine, mais je ne suis pas reconnu dans le discours de la FNB (Fédération nationale bovine) qui représente surtout les naisseurs. Et puis je n’avais pas le temps d’aller aux réunions à Paris.
Je trouve que prendre des responsabilités au sein de la FDSEA est une véritable ouverture sur soi. Nivillers n’est pas un canton d’élevage et les agriculteurs n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. Président de canton, j’ai distribué les enveloppes de cotisation, ce qui m’a permis de faire la connaissance de mes collègues et siéger au niveau départemental m’a fait découvrir et mieux comprendre la politique à cette échelle.
Par contre, localement, il ne faut pas hésiter à faire du rentre-dedans, par exemple pour imposer la tenue d’élections au niveau d’une commune au lieu de laisser s’imposer certains comme délégués communaux.

Quelles sont les problématiques du canton de Nivillers?
Ce canton subit une forte pression foncière de la part de Beauvais. L’urbanisation, l’agrandissement de l’aéroport ont généré des plus-values qui ont sans doute fait monter le prix des cessions.
Comme nous sommes dans un secteur de grandes cultures, beaucoup d’exploitants font de l’entreprise ou aménagent leurs corps de ferme en location.
Du coup, on se retrouve avec beaucoup de doubles actifs qu’on a du mal à mobiliser au niveau syndical. Le taux de cotisation est bon, mais les agriculteurs ne participent pas ou peu aux actions que nous menons. Mais la participation à la dernière assemblée cantonale, avec thème de réunion et repas, a été encourageante.

Quel est le contexte agricole du moment, selon vous?
Déjà ce que je trouve déplaisant, c’est ce qu’on nous impose, ne pas retourner les pâtures. De plus ces pâtures ne sont pas comptabilisées comme 3ème culture et en plus elles n’activent pas les SIE obligatoire. C’est un non-sens technique et économique.
Je vois déjà l’évolution technologique que subit l’agriculture : GPS, data… le high tech est partout, dans les tracteurs, sur les logiciels.
Mais il faut être réaliste, l’investissement que cela nécessite ne peut être pour toutes les exploitations. Et souvent, ces innovations ne permettent pas d’augmenter le revenu des agriculteurs, mais celui de ceux qui les leur vendent ! Un agriculteur ne maîtrise pas son prix de vente et il ne peut pas répercuter ces charges supplémentaires.
Je m’interroge également sur le métier d’engraisseur que je sens menacé, notamment par les Italiens qui achètent plus cher les broutards pour les engraisser. Comme les représentants FNB parlent surtout pour les naisseurs, j’ai bien peur que le marché de l’engraissement n’échappe à la France. Par contre, des opportunités comme la méthanisation sont peut-être à saisir pour les éleveurs, sans doute au travers de projets collectifs. Mais il s’agit là d’un autre métier qui nécessite capitaux et main-d’œuvre qualifiée.
Et puis je m’inquiète de la concurrence que je vois pointer entre organisations professionnelles agricoles. Elles proposent toutes les mêmes services et c’est dommage.
Enfin, j’ai peur que l’exploitation familiale telle que nous la connaissons ne soit vouée à disparaître. Les facteurs de production tendent à être éclatés : le matériel en Cuma, à l’entreprise ou même à la coopérative, le foncier à des fonds d’investissement, la sous-traitance… Quid de l’agriculteur en tant que chef d’entreprise ? Toutes ces évolutions vident le métier d’agriculteur de sa substance. Il faut rester maître chez soi si l’on veut continuer à se revendiquer comme des entrepreneurs.

Propos recueillis par Dominique Lapeyre-Cavé

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