«Les agriculteurs de demain doivent être très inventifs»

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Jean-Marie Bouchez, agriculteur à Jaulzy et président de SEA, pense que l'agriculture de demain doit surfer sur le numérique.

Jean-Marie Bouchez.

Pouvez-vous présenter votre parcours, même au sein de la FDSEA 60?
Je suis un vieux de la vielle, je suis proche de la retraite. Je me suis installé en Gaec avec mon père en 1981. Auparavant, j'ai fait un BTA au lycée agricole, dans l'Aisne. Je suis revenu sur l'exploitation familiale. J'ai commencé par être éleveur de chèvres pendant 10 ans. On avait également sur l'exploitation un élevage de vaches avec un quota de 320.000 à 350.000 litres. En 1995, j'ai repris des parts sur l'exploitation et elle s'est transformée en EARL. En 2000, on a arrêté l'élevage car il fallait reconstruire une nouvelle ferme car notre exploitation est trop proche de la route et de la rivière Aisne. Cela coûtait trop cher. Dorénavant, je travaille seul avec mon fils comme salarié à mi-temps sur une exploitation de 150 hectares. On produit du blé, de l'orge de printemps, de l'escourgeon, des pommes de terre, du maïs, des betteraves. Cette dernière ne sera plus produite car les betteraves ne sont plus rentables et surtout, nos terres très moyennes. Je fais de la vente directe pour mes pommes de terre. Je vends aussi du foin. Avec mon fils, on a développé le maraîchage. De plus, mon exploitation a un distributeur automatique ouvert 24 h/24 7 j/7. Je fais partie des premiers sur toute la France à avoir installé un distributeur. Il représente 30 % de mon chiffre d'affaires en vente direct. En automne, on a une grosse production de curcubitacées. Avec ces dernières, j'ajoute une option gravure sur commande sur les citrouilles.

Pourquoi avez-vous choisi d'adhérer au syndicat?
Dans les anées 80, j'étais chez les Jeunes Agriculteurs de l'Oise. J'étais président des JA60 à l'antenne de Compiègne. Mon père a été président de mon canton durant de nombreuses années.Machinalement, j'ai repris le flambeau. Je suis également administrateur à la caisse locale du Crédit agricole. Depuis 25 ans, je suis adjoint au maire.

Quels sont les problèmes que vous percevez dans votre secteur?
On est au bord de la forêt de Compiègne, on subit énormement les dégâts de gibiers. L'autre problématique, ce sont les inondations avec la rivière Aisne qui déborde. Beaucoup d'agriculteurs et moi-même sommes touchés par ce problème. Nous avons aussi le souci de la baisse des revenus. Tout le monde cherche des solutions, mais ce n'est pas évident. De plus, je suis très inquiet sur la filière betterave. J'ai l'impression que l'on gagne plus d'argent avec le colza. Le nouveau problème que je constate, c'est bien évidemment le réchauffement climatique. L'année dernière, on a eu un climat correct. Cette année est très sèche.

Comment voyez-vous l'agriculture de demain?
Les petites et moyennes exploitations de 100 à 200 hectares qui vont se diversifier, pourront survivre. Les très grosses structures pourront aussi s'en sortir, mais elles n'auront qu'une petite marge. Mon fils est allé aux États-Unis l'année dernière et il a remarqué qu'il y avait que deux types d'exploitations, soit de 150 hectares ou bien 5.000 hectares. Il n'y a plus rien entre les deux. Pour les petites exploitations, ce n'est plus viable, à part si on se diversifie ou bien si on est double actif. On n'a pas d'argent pour s'acheter un tracteur. On ne peut pas reprendre des fermes avec les prix qui se pratiquent.
Maintenant, les jeunes ne doivent pas se décourager et il faut surtout qu'ils soient inventifs. Il n'y a pas de secret. Il faut trouver des systèmes afin que cela soit moins cher. Heureusement que les jeunes ont des moyens plus modernes pour gérer les exploitations. Le numérique permet de grosses évolutions, que ce soit sur la pratique au sein de l'exploitation, ou l'achat et la vente des produits. Même une ferme un peu perdue pourra utiliser internet. Je pense que les agriculteurs de demain doivent réinventer l'agriculture et balayer les anciennes méthodes pour réussir. Par exemple, on a vu la solution du groupement qui fonctionne très bien. Précedemment, j'ai parlé du réchauffement climatique. Je pense qu'il faudra réinventer les cultures qui ne sont pas d'ici et les tester. Il y a 20 ans, je faisais du soja mais je n'avais pas la technique appropriée pour ce produit. Il faut aller pomper dans les cultures du sud comme le blé dur. Dans mon secteur, je connais une personne qui fait du maïs pop-corn. On aura toujours besoin d'agriculture mais là, on est dans un tournant important. Ce qui m'inquiète, c'est l'apologie médiatique sur la vente directe. C'est bien, mais un peu trop utopique car cela ne représente pas trop la réalité de notre métier. De plus, on ne pourra pas se passer des phytos, c'est beaucoup trop important. Je pense même que l'on manquera de denrées en France.
Propos recueillis par Dorian Alinaghi

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