«La culture du lin permet d’avoir de nombreux débouchés et elle est rentable»

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Interview d'Alexandre Dugrosprez, président du SEA de Froissy et de la section lin.

Alexandre Dugrosprez, président du SEA de Froissy et de la section lin

Pouvez-vous présenter votre parcours?
J’ai choisi de faire un BTS ACSE. Après ce BTS, j’ai travaillé durant cinq années dans divers organismes : j’ai travaillé dans une sucrerie pendant 6 mois, puis chez Groupama en tant que vendeur d’assurance et enfin, en coopérative. J’ai travaillé pendant deux ans chez Force 5 en tant que magasinier appro céréales, puis je suis allé chez Valfrance en tant que chef de centre.
Cela fait 11 ans que je me suis installé avec mon père sur l’exploitation familiale. Au sein de ma ferme polyculture, il y a du blé, des betteraves sucrières, du colza, du lin textile et des pois, mais j’ai arrêté ces derniers.

Quels sont les mandats que vous avez effectués?
C’est mon premier mandat en tant que président du SEA de Froissy, à la FDSEA de l’Oise. Pour le moment, je suis aussi président de la section lin à la FDSEA60. Je suis administrateur à l’AGPL et également administrateur Téreos à Chevrières. Je suis aussi administrateur au Syndicat betteravier de l’Oise. En tant qu’agriculteur, je suis adhérent à la coopérative Lin 2000. Enfin, je suis deuxième adjoint à ma commune.
Il y a de moins en moins de jeunes dans les conseils d’administrations, donc quand on s’investit, on doit être présent partout. Il faut savoir dire oui à tous… ce qui n’est pas évident à concilier avec le travail à la ferme, d’autant plus que maintenant, mon père est à la retraite. C’est pourquoi j’essaye de me dégager un peu de temps. À trop vouloir en faire, on ne fait pas les choses correctement… Mais tant qu’il y a du moral, il y a de l’espoir.

Pourquoi avoir voulu être président de canton?
Le syndicalisme m’a toujours plu. Il faut défendre les agriculteurs dans leur la globalité, toutes productions confondues, c’est primordial. C’est dans les temps de crise comme aujourd’hui qu’il faut garder la force de la FDSEA 60. Le problème maintenant, c’est que les agriculteurs ne s’investissent plus autant qu’avant. Maintenant, lors des manifestations, il n’y a pratiquement plus personne qui se rassemble avec nous. Pourtant, les manifestations en plus d’être importantes pour le syndicalisme sont de bons moments de partage et d’échange. Par exemple, quand nous sommes allés à Paris en tracteurs, «les urbains» étaient ravis de nous voir. Les enfants peuvent observer des tracteurs pour la première fois et ils sont heureux. Il faut continuer à se mobiliser.
Mais la FDSEA, ce n’est pas que les manifs, on cotise pour avoir un super service juridique qui est très efficace. Au final, trop peu d’agriculteurs savent vraiment tout ce que peut leur apporter la fédé et c’est dommage. Donc, avec mon statut, j’essaye de mobiliser le maximum d’agriculteurs.

En tant qu’administrateur, pouvez-vous nous parler de l’AGPL et son rôle?
Au niveau national, on a beaucoup travaillé sur l’assurance récolte en prévision des aléas climatiques. On s’est penché sur l’homologation des matériels agricoles car ils sont très spécifiques et très coûteux. On a aussi travaillé sur la régulation des marchés, on se penche sur une solution pour stocker de la paille le temps que les cours remontent au lieu de vendre du lin peu cher sur les marchés. Ce dernier point est difficile à mettre en œuvre car il faut de la place pour stocker. De plus, l’AGPL réalise de fortes opérations de communication comme lorsque l’on avait semé du lin sur l’avenue Foch à Paris au mois de mai dernier. Cette opération à permis d’expliquer aux Parisiens la culture du lin et ses débouchés. Et c’était aussi tout simplement l’occasion de leur expliquer notre travail et nos pratiques.

Pouvez-vous nous expliquer la production du lin ?
C’est une culture à double tranchant. Depuis 11 ans, ma culture a brûlé trois fois et il faut savoir tenir le coup lorsque l’on voit sa récolte partir en fumée. C’est une culture où il y a beaucoup de risques car c’est un cycle très court : du semis à la récolte, on compte une centaine de jours. Cette culture est très sensible au tassement, à la sécheresse, à l’excès d’eau. En fonction des dates d’arrachage, il faut que l’on arrive à arracher, retourner, rentrer au bon moment, sinon le lin se dégrade. Il faut un climat très spécifique, que les terres soient profondes avec un climat tempéré. C’est un vrai challenge !
Ce qui est bien avec le lin, c’est que l’on utilise 100 % de la plante. Avec le pied, on fait des panneaux d’aggloméré, en récupérant la fibre, on fabrique le textile, avec l’écorce, on fait des litières pour les chevaux, et on récupère les graines pour ressemer ou bien pour l’alimentation. La fibre de lin a énormément de débouchés avec des matériaux composites à usage industriel en investissant les voitures, les skis, les raquettes de tennis, les guitares et même les berceaux. Plus de 90 % du lin est retravaillé en Chine. On est donc très dépendant des Chinois. Par exemple, courant 2010, lors de la crise du lin, la Chine avait stocké énormément de lin (pour un an et demi de production) sans rien dire, ce qui a permis à la Chine d’arrêter l’achat de notre lin.
Il faut savoir que la France fait 80 % du lin européen, 15 % en Belgique et 5 % au Pays-Bas. Ces trois pays-là font 80 % du lin mondial. On est le plus grand producteur de lin dans le monde et on a un vrai savoir-faire.

Quel est votre vision d’avenir?
Tant que les surfaces n’augmentent pas trop, je vois l’avenir du lin plutôt sereinement. Après, à part le lin, il n’y a pas grand-chose qui fonctionne cette année. La culture du lin est payante et c’est stimulant de travailler avec cette plante très spécifique et difficile. De plus, la culture du lin permet d’avoir de nombreux débouchés. Aujourd’hui ,le lin est un produit d’appel dans les magasins de prêt-à-porter et ses principales applications sont partout : dans la mode, la décoration intérieure, l’industrie... Cependant, il y a aussi une demande sociétale importante vis-à-vis de l’écologie et de la santé. Il faut chercher à évoluer et de trouver des solutions alternatives. Même si, pour moi, on aura toujours besoin de la chimie car c’est vital. Lorsqu’une personne est malade, elle prend des médicaments donc de la chimie. Les gens se soignent et soignent leurs enfants, nous, nous soignons nos plantes.
Cependant, nous agissons de manière très raisonnée, mais aussi afin d’avoir un impact environnemental très bas. Je me rappelle toujours d’une anecdote lors d’une manifestation : une jeune femme est venue me parler en me disant qu’elle mangeait des graines de lin bio. J’ai trouvé cela formidable mais, par contre, je voulais savoir d’où provenait ce lin, car la production de lin bio en France est très peu repandue. La réponse était surprenante… le Kazakhstan. Nous avons discuté et je lui ai fait remarquer que les normes de productions ici et au Kazakhstan sont très différentes et que si on prend en compte le bilan carbone, il serait peut-être moins impactant de consommer du lin français… Elle était d’accord et m’a dit qu’elle serait plus vigilante à l’avenir. Du coup, j’espère qu’elle a changé d’avis sur ses prochains achats. (rire). Il ne faut pas avoir peur de communiquer sur ce que l’on fait et savoir l’expliquer aux consommateurs.

Propos recueillis par Dorian Alinaghi

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