«Il faut que les prix de nos productions soient plus élevés»

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Hubert Fréville, agriculteur à Grandfresnoy, est président du SEA (Syndicat d’exploitants agricoles) de la plaine d’Estrées et co-président de la section environnement.
Rencontre sous le soleil.

Hubert Fréville, agriculteur à Grandfresnoy.

Quel parcours vous a amené à devenir agriculteur à Grandfresnoy?
Mon père étant déjà sur cette exploitation et, comme j’étais le seul garçon de la famille, reprendre la ferme était la solution de facilité, cela coulait de source. En seconde, j’ai fait le choix de suivre un BTA au Paraclet. Les matières enseignées m’ont plu, cela m’a conforté dans l’idée que j’étais sur la bonne voie. Après mon BTA, je suis parti travailler six mois dans le pays de Galles sur une ferme d’élevage. Cela a été une véritable découverte et une expérience dont j’ai gardé des amis.
Aujourd’hui, j’imagine que je n’aurai pas pu faire un autre métier, je suis passionné. J’avais ensuite l’idée de partir aux États Unis, mais un salarié de l’exploitation est tombé malade et je suis revenu sur la ferme. Je me suis installé en Gaec avec mon père dont j’ai repris des parts au fur et à mesure. À l’époque, l’assolement était sensiblement le même qu’aujourd’hui : blé, betteraves sucrières, maïs, colza, orge de printemps. J’ai quand même tenté quelques expériences qui n’ont finalement pas été concluantes : lin graine, pois, soja, tournesol et même féverole d’hiver. La culture du soja me convenait bien, car elle est peu exigeante en intrants, sans maladie, ni insectes ravageurs. Le problème est que la filière n’est pas tout à fait prête. Le développement d’une telle culture, qui a de réels avantages, n’est possible que s’il y a une envie dans tous les maillons de la chaîne.
Aujourd’hui, je suis associé avec Robin Leduc, qui est agriculteur à Canly. Je travaillais déjà avec son père Jacques. Nous achetons notre matériel en commun depuis 1990 et nous organisons les chantiers ensemble. Cette association est bénéfique, nous a permis de diminuer nos charges de mécanisation et facilite la flexibilité de l’organisation du travail sur les deux sites. Cependant, il est indispensable de bien s’entendre, ce qui suppose d’être exigent avec soi-même et tolérant avec l’autre.
Un de mes fils termine son BTS ACSE et il a le projet de reprendre l’exploitation. Il est prévu qu’il parte un peu travailler à l’étranger et je le pousse à le faire, pour qu’il puisse acquérir de l’expérience et des idées nouvelles. Une fois installé, il est plus difficile de partir à l’aventure.

Comment vous êtes-vous engagé syndicalement?
Mon père était déjà président cantonal et je suis sûr que c’est lui qui m’a transmis le virus. J’ai commencé par être délégué communal et je suis président du SEA aujourd’hui. Je suis depuis longtemps engagé en agriculture raisonnée et membre du réseau Farre (Forum des agriculteurs responsables respectueux de l’environnement) depuis 1999. Je suis assez sensible à l’environnement et il était tout naturel de m’impliquer dans la section.

Quelles sont les problématiques du secteur?
Il n’y a pas de problématiques particulières sur le canton, si ce n’est un projet de doublement de la RN 31 au niveau du bois de Lihus. Mais cela reste encore hypothétique. Cependant, ce que l’on peut signaler, c’est le bon taux de cotisation syndicale des agriculteurs du secteur. Je prends souvent le téléphone pour leur demander de venir aux manifestations et de participer à la défense de nos intérêts communs. C’est un canton qui sait se mobiliser. J’essaie aussi d’être en veille quant aux problématiques individuelles de mes collègues et d’activer la solidarité si nécessaire.

Et au niveau de la section environnement?
Avec Thierry Bourbier et Éric Vandromme, les co-présidents, nous essayons de faire aussi bien que Bruno Haas, notre prédécesseur, qui reste le spécialiste de l’environnement ! C’est un sujet extrêmement vaste et complexe en termes de réglementation et nous tentons de relayer au mieux les informations auprès des adhérents. Heureusement, nous sommes bien accompagnés dans nos actions par les services de la FDSEA, dont Lucie Deterpigny et Ludivine Traën. Je les remercie vraiment pour leur implication et leurs compétences.

Comment voyez-vous le contexte agricole du moment?
La situation est extrêmement compliquée car nous constatons que nous subissons des contraintes croissantes, que les autres agriculteurs européens n’ont pas. Cette distorsion de concurrence est insupportable. Nous ne sommes pas écoutés par les responsables politiques et c’est pourtant une question de bon sens et d’avenir de l’agriculture française.
Je crois que nous devrons nous habituer à subir une fluctuation des cours du fait de la mondialisation et de l’abandon des mécanismes de régulation par l’Europe. Il n’y a qu’à regarder ce qui se passe dans le secteur sucrier. Certes, les perspectives ne sont pas réjouissantes, mais il faut rester optimiste car, finalement, l’agriculture a toujours plus ou moins connu des périodes de crise. C’est très difficile pour les jeunes qui se sont installés ces deux dernières années.
Et puis, je me dis que les efforts que nous faisons ne sont pas récompensés. Les attentes sociétales imposent une diminution de l’utilisation des produits phytosanitaires, ce que l’on comprend bien et cautionnent même. On nous demande, par exemple, de qualifier nos exploitations en HVE, haute valeur environnementale. Cela nous engage à mettre en place un ensemble de dispositifs à respecter sur l’exploitation, comme justifier et diminuer les interventions ou aménager un local phyto sécurisé, etc. L’obtention de cette certification serait possible chez moi, mais il n’y a aucun intérêt financier. Je ne ferai pas de plus-value sur la vente de mes récoltes. L’investissement est trop conséquent pour le bénéfice espéré. Il est indispensable que les prix de nos productions soient plus élevés pour que les agriculteurs puissent vivre de leur métier.

Et comment communiquez-vous sur votre métier?
C’est une de mes priorités. Nous ne savons pas toujours expliquer notre travail et surtout comment nous travaillons. Nos efforts sont parfois annulés par un simple reportage et quelques informations choc au journal de 20 heures !
Dans le cadre du réseau Farre et maintenant, d’Agri Demain, nous ouvrons nos exploitations au public après la moisson. Je reçois mes voisins, leur fait visiter la ferme, leur montre le matériel et leur explique le fonctionnement et le cycle des cultures. Ces rencontres favorisent la bonne entente du voisinage.
Cette année, j’ai participé à une opération innovante, à l’initiative de la coopérative Agora. Je suis allé dans un collège rencontrer des jeunes de quatrième, pour répondre à leurs questions. Ils sont venus visiter ma ferme et ont également visité les silos de la coopérative. L’action s’est terminée par une grande manifestation, très réussie, où les jeunes ont pu exprimer leur découverte de l’agriculture. Ils savent maintenant pourquoi il y a des tracteurs dans les champs!

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